Compagnon fleuriste, pourquoi pas ?

Après plusieurs années, cette idée germait dans la tête de quelques-uns d'entre nous, puis après avoir pris plusieurs contacts courant 2013, une petite équipe de fleuristes, convaincue de l'intérêt que pouvait apporter une telle démarche pour la profession, s'est réunie à Paris auprès de la direction des Compagnons du Devoir.

Une première approche du fonctionnement de cette maison nous a permis de découvrir une association, une des plus grandes de France, comptant à son actif un regroupement de plus de 26 métiers.

Cette association compte 120 maisons réparties en France où chaque jeune apprenti peut trouver nourriture et logis ; au-delà de nos frontières, elle est présente dans vingt-cinq pays du monde.

Les Compagnons du Devoir permettent aux jeunes d'être assurés d'avoir gîte et couvert mais aussi une formation technique de base et l'apprentissage des langues étrangères.

La formation professionnelle est assurée par un réseau d'entreprises et de formateurs sur une durée d'environ 5 ans dont une à l'étranger. Les contrats de travail sont établis sur la base de contrat de professionnalisation et dans le cadre de 2 000 heures/5 ans.

La formation en alternance pour l'obtention d'un CAP se fait sur la base de 6 semaines en entreprise et 2 semaines en école. Dès l'obtention de son CAP, le jeune aura la possibilité de partir faire son Tour de France en choisissant sa région et son entreprise de formation tout au long de ses cinq années. Il profitera d'une des 120 maisons des Compagnons pour y trouver gîte et nourriture, ainsi que des formations technologiques concernant sa profession, qui lui seront données par d'anciens Compagnons ou des intervenants extérieurs.

La possibilité est également offerte à des jeunes issus d'études secondaires (titulaires de baccalauréat) qui seront formés intensivement pendant une année pour arriver à présenter un CAP dans leur choix de métier et pouvoir ainsi préparer leur Tour de France.

La possibilité de passer d'autres examens tels que BP ou BAC pro est également possible ainsi qu'une licence (Sciences et Techniques de l'Ingénieur mention Arts et Métiers) en partenariat avec la CNAM.

La richesse et l'expérience professionnelle qu'acquiert un jeune pendant son Tour de France sont le gage d'une formation complète et très diversifiée, tenant compte de chaque expérience au sein de l'entreprise dans laquelle il se trouve. C'est en changeant une à deux fois d'entreprise et de région dans l'année qu'il forgera sa maturité d'esprit mais aussi son expérience professionnelle à travers une multitude de méthodes de travail transmises par ses pairs tout au long de ces entreprises et régions traversées pendant près de cinq années durant.

Ce Tour de France est symbole d'une connaissance accrue des méthodologies et technologies pratiquées dans notre pays et l'acquis de ces apprentis est riche d'un patrimoine culturel et artisanal français.

Sans oublier qu'une année se passe obligatoirement dans un pays étranger.

Afin de pouvoir garantir à nos jeunes apprentis Compagnons une possible entrée dans cette maison des Compagnons du Devoir, il faut d'abord construire un réseau d'entreprises et de professionnels capables de pouvoir transmettre un enseignement pratique et technologique susceptible de faire progresser l'apprenti dans sa démarche du Tour de France.

C'est aussi accepter qu'un tel apprenti puisse être considéré comme tel, avec son savoir et ses expériences professionnelles accrues à travers tous ces maîtres de stages et ses méthodes nouvelles qu'il aura acquises pendant son tour, pour qu'il puisse être rémunéré de façon décente, gage de la reconnaissance que l'on apporte à sa capacité et ses qualités professionnelles.

A travers sa formation et son expérience professionnelle acquises au fur et à mesure de ses déplacements, le jeune aspirant Compagnon transmet ses savoirs et ses méthodes à qui voudra bien lui en apprendre des nouvelles…

Notre démarche auprès des instances responsables de l'association des Compagnon du Devoir à Paris nous a permis de mettre un pied à l'étrier dans cette institution réputée et de faire comprendre à leurs dirigeants que notre beau métier pouvait évidemment faire parti des 26 métiers retenus à ce jour, et à ce jour le métier de fleuriste correspond à leur attente. Il ne nous reste maintenant plus qu'à tisser un réseau d'entreprises fiables et trouver des jeunes qui ont le souci et l'envie de s'investir.

Afin de pouvoir garantir à notre jeunesse montante une nouvelle forme de formation basée sur des valeurs humaines nécessaires pour s'engager plusieurs années sur un Tour de France, mais aussi une envie et une forte conviction de croire à la diversité incroyable de nos méthodes de travail à travers les régions, mais aussi à travers les hommes et les femmes qui en font leur métier et qui défendent ensemble la valeur du travail bien fait.

Eliane BOUCHER-GARRABOS
Jean-Philippe FRITZ – Fleuriste à Schiltigheim

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